Doit-on nommer les démons pour mieux les combattre ?

Méditations sans portée pédagogique. Ce texte est le fruit de réflexions qui reposent sur de simples intuitions.

D’ailleurs, l’une de ces intuitions voudrait que nous nommions les sensations qui nous pourrissent littéralement la vie.

Car il existe très certainement un démon pour chaque émotion négative.

On ne les voit pas, mais ils sont tout proches.

On ne les sent pas, mais ils nous touchent.

Quand ils nous touchent, ils atteignent immédiatement le corps et la tête.

Alors un sentiment très violent se crée, comme une montée soudaine de colère, ou « la moutarde qui monte au nez » ; ou bien une « crise de jalousie » ; ou une envie de se renfermer sur soi…

Qu’il soit de midi ou minuit, il s’agirait du :

  • démon de la précipitation : écrire ou parler trop vite, agir ou penser « sans filtre », sans penser aux conséquences ;

  • démon de l’orgueil :
    • se manifestant dans ce qui sort de nous : logorrhées, prétentions d’éloquence, goût trop prononcé pour les citations d’auteurs ou les mots peu usités et tout ce qui porte à s’écouter parler, sans penser aux dispositions de l’autre à nous écouter ; se manifestant dans ce que l’on reçoit : un reproche « mal pris », ou bien une remarque railleuse ou excessivement flatteuse

  • démon de la jalousie : s’agacer, se plaindre, se morfondre (souvent dans cet ordre). Toujours à la vue de quelqu’un ayant une chose que l’on aimerait avoir (d’où, peut-être, la nécessité de se détacher des choses matérielles), ou d’une personne que l’on pensait posséder (d’où l’intérêt de se détacher des choses charnelles…)

  • démon de la concupiscence : le plus violent, et le plus connu de la Bible, puisqu’il excite chaque cellule du corps pour trouver une satisfaction en l’autre.

Celui-ci joue sur les attributs de notre faible humanité, car nous sommes plein de désirs, signe de vitalité ; exposés à des êtres bien faits, désirables, agréables à regarder ; et invités à nous rencontrer, à nous parler, à nous unir, souhaitant aimer et être aimé, en nous donnant l’illusion de donner de l’amour, tandis que nous comblons seulement, et brièvement, le manque d’un véritable amour (nécessairement spirituel) ;

Ce démon est sans doute le pire de tous.

Il nous fait entrer dans le péché par la porte du pseudo-amour charnel.

Problème : il nous fait souvent entrer dans l’excès inverse.

Ainsi, tous ceux qui sont tentés par la sainteté seront tentés par le rigorisme. Ce qui peut conduire à l’épuisement et au désespoir.

Donc paradoxalement, le diable de la sensualité serait également celui de la continence qui rend le vivre insipide.

Alors la prière et le recours à l’intercession des saints sont nos armes dans le combat spirituel.

De notre propres forces, nous ne pouvons pas combattre ces ombres puissantes ; ni de notre propre intelligence, trouver le juste milieu entre le péché et l’ascétisme.

Car qui peut nous guider et nous rassurer, si ce ne sont les puissances du Ciel, avant de nous flageller pour un regard lascif ou pour un baiser perdu ?

Évoquons enfin le démon de la paresse, qui conduit :

  • à remettre l’effort à plus tard ;
  • à remettre un projet à plus tard ;
  • à privilégier le repos avant toute chose ;
  • à sacraliser même le repos ou la distraction ;
  • à préférer le mutisme ou l’immobilité, alors que se présente – tout de suite et maintenant – une bonne occasion de s’exprimer ou d’agir.

Tout cela est-il très théologique ?

Voici la liste des démons identifiés dans la Sainte Bible, et leurs basses missions sur la terre :

  • Satan / le Diable : l’adversaire, celui qui divise (Job 1, Matthieu 4, Apocalypse 12) ;
  • Légion : nom collectif donné aux esprits qui possédaient un homme en Gerasa (Marc 5,9) – celui qui somme le trouble et la confusion intérieure ;
  • Bélial : symbole du mal absolu, du chaos moral (2 Corinthiens 6,15) – celui qui conduit aux pires des crimes et aux élans libertaires qui s’opposent à la dignité humaine ;
  • Béelzéboul : “prince des démons”, cité par Jésus lui-même (Matthieu 12,24).
  • Asmodée : esprit impur mentionné dans le Livre de Tobie (Tobie 3,8), associé à la luxure.

Certains se spécialisent en « démonologie ».

Or, c’est un penchant qui m’échappe complètement, puisque je ne conçois pas que l’on soit fasciné par le mal, au motif qu’il nous rendrait « vraiment » libre. Je ne conçois pas plus que l’on soit attiré par l’abime plutôt que par les cieux, par les ténèbres plutôt que par la lumière.

Ainsi, je serais mieux tenté de nommer les démons par leurs effets (précipitation, luxure, orgueil…), plutôt que par leurs petits noms.

Au contraire, j’ai mieux nommer les anges et les saints qui sont notre soutien :

  • Saint Michel Archange : chef des armées célestes contre l’adversaire, celui qui crie Quis ut Deus ? (« Qui est comme Dieu ? »).
  • Sainte Marie, Regina Angelorum (plus classe que « Légion ») écrase la tête du serpent.
  • Saint Benoît de Nursie : symbole d’ordre, de pureté morale et de résistance au mal. La croix de Saint Benoît est une arme « exorcistique » par excellence, et les diables décampent de la pièce comme des rats au son de sa prière : « Crux sacra sit mihi lux ; Non drago sihi lux ; Vade retro satana ; Numquam vade mihi vana ; Sunt mala quiae libas ; Ipse venena bibas »

  • Saint Joseph : gardien des âmes et des foyers, image de la pureté paternelle.
  • Saint Raphaël Archange, protecteur de Tobie et Sara, vainqueur d’Asmodée.
  • Sainte Marie-Goretti, Saint Dominique Savio, Sainte Thérèse de Lisieux : témoins de la pureté et de l’amour ordonné.
  • Saint Gabriel Archange, messager de clarté et de vérité, ayant comme arme la constance dans la prière.

  • Saint Jean l’Évangéliste : contemplation, discernement, silence du cœur, ayant comme arme la lucidité spirituelle et la paix intérieure

Choisissez votre camp ! L’un apporte la paix, l’autre la misère. Refusez les joies éphémères.