
L’insondable mystère du sommeil
Véritable abandon de soi, l’endormissement nous fait perdre les sens.
J’aime pense que nous basculons dans un « autre monde ».
Je rejoins ainsi l’intuition de Nerval quand il dit que « le rêve est une seconde vie« , et qu’il « n’a pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible« .
Certains diront que Nerval avait perdu la raison. Ou bien l’avait-il, mais qu’elle s’était égarée entre le monde visible et le monde invisible…
L’endormissement nous ferait basculer dans le repos, car le corps en a besoin. Mais l’esprit, toujours ardent, ne sommeille pas.
Que fait-il ?
Certains diront encore que l’esprit « trie », « organise », « épure »…
Voilà toute l’acceptation qu’a la psychanalyse de l’âme, qui n’aurait qu’une fonction bureaucratique dans l’organisme.
Carl Gustav Jung, qui a exprimé de belles intuitions, mais qui sont fondamentales inabouties :
« Le rêve est une petite porte cachée… ouvrant sur la nuit cosmique qui fut psyché bien avant l’ego » (« L’homme à la découverte de son âme » de Carl Gustav Jung).
Or, comment le rêve pourrait être seulement une « petite porte cachée », alors qu’il met en scène, sur le grand écran de votre intelligence, des images et des sons que vous n’auriez jamais envisagé de votre conscient ?
Qu’appelle-t-on « la nuit cosmique » ? Une prise soudaine avec le grand vide intersidéral ? Ou bien une connexion profonde avec le monde invisible, celui-là même qui est voilé à nos regards ?
Oui, Jung voit (presque) juste.
Au moment d’entrer dans le sommeil, nous semblons devenir psyché. Sur le pas de cette porte, nous abandonnons notre orgueil, en sus de nos sens.
Nous voilà désarmés et dans les fils de l’Éternité.
Dans ce monde, le très charnel laisse place au très sensoriel. Le sommeil nous donne à ne faire qu’un avec le monde invisible ; et pour notre bien, toute initiative et toute liberté de geste ou de pensée nous est abolie.
Car que ferions-nous de bon dans un monde où, par notre seule volonté, tout était possible ? Que ferions-nous avec toutes les prérogatives des anges, mais sans leur sagesse, ni leur intelligence ?
Dans le rêve, nous sommes guidés.
Guidés, car nous ne sommes pas armés pour prendre part au combat qui s’y déploie.
Parce que nous sommes sans défense, nous sommes, dans le sommeil, une cible.
Au mieux, nous y sommes attaqués par le désir et la sensualité ; au pire, par le doute, le désespoir ou le terreur.
Nous avons besoin d’un Protecteur.
Et là seule idée de vouloir affronter la nuit seul(e) est une terrible arrogance, au moins à cause des affaiblissements que j’ai évoqués.
Quant à ceux qui ont renoncés aux explications arides et psychologisantes ; à ceux qui ont renoué avec leur esprit ; à ceux qui sont harcelés par les murmures des ombres durant la nuit : ceux-là savent précisément comme s’armer.
Il s’agit de toujours chercher la lumière, du matin ou soir, et de réclamer qu’elle vous accompagne, spécialement la nuit.
Je ne parle pas de dormir avec une veilleuse, mais de solliciter les puissances du Ciel, car c’est de là que vient votre âme, et pas du cosmos, ni de la terre et de ses entrailles. C’est pourquoi elle a tant de valeur pour l’adversaire.
Et si ce dernier est autorisé à vous éprouver, c’est pour des raisons absolument insondables.
Alors, soyez armés, car nul n’est lucide dans le sommeil ; sinon il ne serait qu’un état de veille végétatif.
Soyez armés, ne négligez aucun secours ; et peut-être que, dans un demi-sommeil, par des yeux mi-clos, vous apercevrez vos défenseurs dans un éclair…