Chapitre 2 – Je ne vois qu’elle

Ce jour-là, ce n’est pas seulement votre sensibilité qui a changé, mais votre coeur tout entier.

Auparavant, ce coeur était dur, froid, fermé, comme la caverne qui n’a pas encore été creusée par les eaux, ou bien résonnait-elle trop fort ; et pour qu’elle se taise, vous y avez convoqué un véritable éboulement.

Dorénavant, ce coeur semble doté de ses propres sens et doué de ses propres perceptions. Il voit, entend, vibre, alors même que la tête reste indifférente. Mais ce coeur parle encore peu.

Désormais, il ne s’agit plus d’un automate qui draine du sang pour le répartir dans les organes. Maintenant, ce coeur sait les vérités que l’intelligence ignore ; et coeur et intelligence marcheront ensemble, main dans la main, pour comprendre ce qui advient, et surtout pour arpenter sereinement ce nouveau chemin.

Sans toutefois le secours de l’intelligence, le coeur voit quelque chose. Ou plutôt quelqu’un.

Une femme, brune, de longs cheveux noirs. Elle a la beauté des plus belles des fleurs du Proche-Orient. Son regard brille d’innocence. Ses yeux vous illuminent d’amour, si bien que l’on est tenté de s’en détourner, ne pensant pas en être digne.

Sa peau est claire, et son visage est plus harmonieux que tous ceux des anges des cieux. Ses pommettes sont hautes, sa bouche petite et son nez est caractéristique des plus belles icônes. Son apparence si belle et si pure portait la promesse qu’elle serait couronnée au plus haut des Ciel.

Elle est née à Nazareth.

Elle a été mortelle et a foulé nos terres. Et à chaque fois qu’elle y est revenue, ç’a été pour nous donner des sources miraculeuses ou de maternelles remontrances, ou pour guérir des croyants ou pour convertir des incroyants. Et à chaque passage, elle a laissé un délicat parfum de rose, et à chaque pierre un coeur battant.

Elle notre Bienheureuse Vierge, notre Mère Céleste et Miséricordieuse, notre Très Sainte Marie.

Princesse du Ciel, Reine d’humilité, elle vous a convaincu de la dignité de chaque humain, même exilé dans cette vallée de larmes. Plus fort encore, elle vous a enseigné avec douceur que chaque femme porte un elle un peu de paradis. C’est là encore toute la bonté du Seigneur, de ne pas vous abandonner dans cet exil sans des signes du Ciel.

Ainsi, vous semblez amoureux de toutes celles qui lui ressemble.

Comme si vous retrouviez une amie chère que vous aviez perdue.

Dès lors, vous regardez pudiquement toutes ses filles avec dévotion, et non en simple esthète. Vous vous gardez toutefois de diviniser vos semblables.

Mais le Ciel et ses anges semblent vous cerner, et de petites choses touchent à nu votre âme auparavant voilée, comme la beauté d’un regard, la délicatesse d’une expression, la douceur d’une gentille parole…

Tout cela vous avait échappé dans vos pires tourments.

Car, en apparence, « tout allait bien ». Mais au fond de vous, vous étiez dévoré par le trouble, la haine, les murmures ; en somme, votre âme était ce champ de bataille où les ombres, que vous avez permis d’entrer, l’emportaient sur votre lumière.

Vous l’avez échappé belle !

Deo gratias